Plantes (un peu) stressées, produits de qualité

Les produits issus des plantes stressées seraient-ils plus riches en composés d’intérêt ?

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Laurent Urban

Pourrait-on, par exemple, exploiter les stress afin d’augmenter les concentrations en phytonutriments (vitamines et autres composés apportant de puissantes protections aux consommateurs contre les maladies cardio-vasculaires, les cancers etc…) des fruits et des légumes, ou encore les concentrations en composés colorants des plantes tinctoriales ?

L’idée de promouvoir le stress en agriculture peut paraître un peu provocante car y on prône traditionnellement des modes de conduite des cultures qui évitent au maximum les situations de déficit en eau et en éléments fertilisants, ainsi que les agressions par les maladies et les ravageurs. Mais nous disposons aujourd’hui de connaissances fondamentales et d’observations pratiques qui suggèrent fortement que le moment est venu de prendre des distances vis-à-vis de cette vision traditionnelle.

Aujourd’hui, nous savons que les stress impactent généralement de manière positive ce qu’on appelle le métabolisme secondaire. Nous savons aussi que beaucoup de produits du métabolisme secondaire sont impliqués dans les défenses des plantes contre les agressions par les maladies et les ravageurs, ainsi que dans l’adaptation des plantes aux stress environnementaux (le manque d’eau par exemple). D’où l’idée d’exploiter les stress pour stimuler les défenses naturelles des plantes et réduire ainsi le besoin de traiter les cultures avec des pesticides. Beaucoup de produits issus du métabolisme secondaire apparaissent également comme des composés d’intérêt nutritionnel ou économique (phytonutriments, substances colorantes, aromes, composés intéressant l’industrie cosmétique, molécules dotées de propriétés pharmaceutiques…). Beaucoup de ces produits sont aussi des antioxydants et pourraient contribuer à améliorer la durée de vie des produits après récolte, réduisant ainsi les pertes qui représentent environ 40 % de la production agricole à l’échelle mondiale.

Group of different fruit and vegetables

On le voit, il y a des enjeux majeurs à essayer de mieux comprendre les effets des stress, à tester différentes formes de stress et à apprendre à mieux les utiliser pour les insérer dans des systèmes de production innovants qui visent à mieux répondre à la demande des consommateurs, des citoyens et des acteurs économiques pour des produits plus sains (sans résidus de pesticides), apportant des bénéfices nutritionnels supérieurs, se conservant mieux (pour les produits frais) ou présentant une qualité technologique supérieure (pour les produits transformés ou extraits), issus de modes de production plus respectueux de l’environnement.

Toutes les actions que je poursuis et tous les travaux que je mène autour du stress en collaboration avec mes collègues de l’Université d’Avignon, du CIRAD et de l’INRA, et avec les partenaires de la recherche en région PACA, ont l’ambition de fonder de nouvelles pratiques agricoles, en rupture avec le paradigme dominant, permettant aux producteurs de se démarquer auprès des consommateurs sur le thème de la qualité. J’ai travaillé dans le passé sur les agrumes et le manguier et je travaille actuellement sur la laitue, la tomate, le fraisier et la garance. Je m’intéresse aussi (naturellement) à l’Agriculture Biologique.

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